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Le 4 octobre 1914, les premiers coups de feu du siège de Lille claquent à Faches-Thumesnil. Nous ne pouvons comprendre ces combats, deux mois après la déclaration de guerre, qu’en les situant dans les opérations militaires de l’été 1914 et en décrivant le vécu des habitants de l’agglomération lilloise pendant cette période. Les livres d’histoire passent sous silence les combats autour de Lille qui résiste du 4 au 12 octobre.

"La victoire de la Marne, les batailles de Picardie et d’Artois captaient l’attention publique et éclipsaient les évènements du Nord. Chaque belligérant enflait ses succès et cachait tout le reste : la vérité pouvait devenir un crime contre l’intérêt national. Les Allemands ont donc fait connaître en Allemagne la bataille de Douai et la prise de Lille ; en France, le pouvoir civil, grand responsable, a étouffé l’affaire. Le front s’est immobilisé dès octobre 1914, la barrière s’est fermée sur les régions envahies et a intercepté les bruits qui auraient pu en venir." [note]

Descamps est polémique, son ouvrage, c’est de bon ton, fait porter le poids des erreurs par les politiques, évitant ainsi de mettre cause les militaires.

A 16h30, le 1er août, le décret de mobilisation est lu par le maire de Lille, Charles Delesalle, sur le perron de la Grand-Garde devant une foule silencieuse. Dans chaque commune, le tocsin retentit. Le même jour les affiches de mobilisation apparaissent, chaque mairie en détient, il suffit juste d’y porter la date. Au soir du 3, le gouvernement français reçoit la déclaration de guerre de l’Allemagne. En réponse à l’invasion de la Belgique et du Luxembourg le 4, les français lancent une offensive pour prendre pied en Alsace et en Lorraine occupées depuis la guerre de 1870. Mais cette dernière est repoussée au nord alors qu’au sud les Français atteignent mi-septembre Saint-Dié. Malgré de violents combats la ligne de front va rester inchangée jusque 1918.

L’armée belge ralentit l’invasion allemande mais, le 23 août, les armées françaises et anglaises se replient. L’avance allemande ne sera stoppée qu’à Guise. La bataille de la Marne qui suit rétablit la situation, Paris n’est plus menacé. Chacun des belligérants cherche à éviter l’enveloppement par le nord. Les combats confus qui s’ensuivent dans les plaines du nord de la France font remonter les troupes dans le cadre d’un gigantesque mouvement qui sera connu comme "la course à la mer."

Lille n’est pas dans la zone des combats en août 1914, l’invasion ennemie se faisant selon un axe Bruxelles-Paris, au sud d’une ligne Valenciennes-Cambrai. Mais Faches-Thumesnil, comme toutes les communes situées dans le périmètre de défense, vit au rythme des inquiétudes de la métropole. L’arrivée de réfugiés belges dès le début août inquiète la population. Toutefois, certains quartiers sont pavoisés et dans les rues de Wazemmes on marchait sous une véritable voute fleurie aux couleurs françaises, belges, anglaises et russes.

Dès 1889 la place de Lille a été déclassée en troisième catégorie. Ses fortifications sont anciennes et noyées dans un tissu urbain très dense. Son maire, Charles Delesalle, souhaite épargner à ses administrés les dommages des combats autour et dans la ville et la déclare, dès le 1er aout, ville ouverte, elle ne sera donc pas défendue malgré l’avis du préfet Trépont. L'agglomération lilloise est défendue par huit forts et treize batteries, c’est une importante base logistique en raison de ses industries et de ses dépôts d’armes. A la date du 15 août, Lille dispose ainsi de 446 canons approvisionnés à 240 coups. Dans la semaine qui suit, plus de la moitié de ces canons et la totalité des munitions sont retirés pour être affectés aux armées en campagne. La ville, quasi vide de troupes, s’organise cependant pour sa défense. En début de mois une réunion en préfecture avec les industriels a organisé le maintien de la production et le paiement des salaires. Les institutions scolaires sont transformées en hôpitaux auxiliaires, les cafés doivent fermer à vingt deux heures, les automobiles sont réquisitionnées et six cent ouvriers sont chargés de remettre en état les remparts pour la défense.

Le 24 août l’état major de la région militaire et les administrations quittent Lille. Jusqu’au début d’octobre, la ville va vivre une période curieuse : elle est vide de troupes mais des soldats français, anglais et même allemands qui patrouillent aux alentours y pénètrent de temps en temps. Ainsi, le 23 août, douze uhlans sont capturés à Wattrelos, quatre autres le lendemain au Croisé Laroche. Le 2 septembre un détachement ennemi occupe l’hôtel de ville de Lille puis se retire. Le 5 septembre une patrouille allemands pille le magasin de tabacs et liqueurs de Seclin, le 10 la bijouterie. Le 11, un groupe de uhlans entre dans Lille puis s’en va après avoir demandé sa route. Et le 12, deux officiers allemands venus en voiture boivent une bière sur la place de Lille sans être inquiétés ! Durant la première quinzaine de septembre les canons et les stocks du fort de Seclin sont déménagés. Le 16 septembre, le 8ème régiment d’infanterie territoriale de Dunkerque est déposé autour de Lille avec pour mission de protéger les voies ferrées. Le sergent Paul Vershave écrit : "Que de bonnes journées j’ai passé au pont de l’Amiteuse. Le service était un peu fatiguant pour les sentinelles parce que les effectifs étaient restreints … de temps en temps un brave passant leur faisait apporter un pot de bière, la population était fort sympathique et nous apportait le café deux à trois fois le matin."

Les combats se rapprochent ; le 25 septembre, Orchies est incendié à titre de représailles et une partie de sa population vient se réfugier à Lille. Douai tombe le 1er octobre. Après la bataille de la Marne et avec le développement de la "course à la mer", Lille redevient un enjeu militaire et, malgré les efforts de son maire qui veut toujours la maintenir hors du conflit, le général Castelnau, sur ordre de Joffre, est chargé de tenir la ville à tout prix.

Le 3 octobre, Lille est réoccupée par un détachement de territoriaux qui occupait une position au sud de Tournai et un régiment de cavalerie [note] . Ce même jour, le maire de Lille fait afficher une proclamation invitant ses concitoyens au calme et contenant cette phrase significative : "la proximité de l’ennemi peut faire redouter son arrivée prochaine dans notre ville."

Les troupes les plus proches sont celles du chef de bataillon Caron (5ème RIT) à Tournai et celles du chef d’escadron Sontag à Orchies. Ce dernier a pour ordre de se replier sur Lille en passant par Pont à Marcq et Seclin. Les diverses compagnies du 8ème territorial du commandant Biguet passent la nuit à Pont à Marcq. Quant aux troupes de Caron, attaquées à Tournai, elles se replient sur Lille qu’elles atteignent entre 20h00 et minuit, protégées par des spahis [note] et des chasseurs à cheval. Le 2 octobre, vers 06h00, l’artillerie et les voitures de Sontag arrivent à Ronchin après être passées à la Pissatière à Vendeville. Sontag, victime d’un accident de voiture est remplacé par le chef de bataillon Biguet qui remonte vers Lille par Templemars et rejoint le RN25 au passage à niveau de Wattignies.

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