PAR UNE BELLE FIN D’APRES MIDI DE MAI 1940 …

Le 9 août 1984 La Voix du Nord publie dans ses pages un article intitulé " L’aérodrome de Ronchin : une place dans l’histoire de la commune ".

"Le dimanche 26 mai (1940), deux avions anglais pilotés par des Français ont pour mission d’apporter au Préfet du Nord Fernand Carles, demeuré à son poste, cinq ou six millions en papier monnaie, coupures de cinq à cent francs. Les deux avions anglais de type américain Glenn Martin, malgré leur cocarde tricolore inversée qui les désigne, sont inconnus des services militaires français de la DCA de Lille". L’article indique que les deux appareils sont abattus en flammes et les dépouilles mortelles carbonisées de cinq aviateurs, car un seul a pu se parachuter, sont transportées en l’église de Fretin.

Des avions américains aux couleurs anglaises pilotés par des Français ! Des recherches approfondies s’imposent ...

Dans leur livre "Tragédies en Flandres 1940-1944" paru en 1953, Monseigneur Detrez et Albert Chatelle mentionnent bien la chute des avions : "Mais pendant la journée du dimanche 26 mai, les sirènes d’alerte n’avaient cessé de retentir… A 17 heures, la sinistre lueur des incendies éclaire le faubourg de Fives, le boulevard des Ecoles et la gare Saint Sauveur… Là-bas, vers le sud, deux appareils scintillent sous les feux du soleil couchant… Leur silhouette est inconnue, personne ne peut distinguer sur leur fuselage une cocarde aux trois couleurs interverties. On saura plus tard que ce sont deux appareils américains, des Gleen Martin, récemment adoptés par notre Armée de l’air." Ici, les auteurs précisent bien que les avions sont français, achetés aux Etats Unis, le nom du constructeur est mal orthographié contrairement à l’article de la Voix du Nord.

Henri Amouroux, dans son ouvrage paru en 1976, "Le peuple du désastre 1939-1940", note :"A Lille l’argent fait également défaut puisque deux appareils Glenn Martin chargés de billets de banque et envoyés par le gouvernement au préfet Carles ont été descendus par la DCA britannique le 26 mai."

Trois premiers témoignages de la tragédie avec des discordances : avions américains, Glenn Martin ou Gleen Martin, achetés par la France ou encore par l’Angleterre qui les aurait prêtés à la France ? La composition des équipages diverge également. Car si Henri Amouroux ne cite aucun nom, indiquant juste cinq tués et un rescapé, il existe des discordances dans le texte de Mgr Detrez et Chatelle ainsi que dans celui de la Voix du Nord.

Les premiers donnent, pour le premier avion, les sergents chefs Le Gall et Louis Grisoni, le capitaine Jacques Watrin carbonisés et un quatrième membre non nommé mais sauvé par son parachute. A bord du second avion, le lieutenant Fernand Moury, chef de bord, le sergent Georges Euclaire, pilote, et le sergent chef Georges Monthois qui sont carbonisés. La Voix du Nord, quant à elle, cite six membres d’équipage et non pas sept : sergent (et non plus sergent chef) Louis Grisoni, capitaine Jacques Watrin et sergent chef André Le Gall, seul rescapé. Pour le second équipage : lieutenant Fernand Maury (et non plus Moury), sergent Georges Eauclaire (et non plus Euclaire) et sergent Georges Monthois (et non plus sergent chef).

Beaucoup de différences et d’anomalies donc au niveau des avions utilisés, de la composition des équipages et de l’identité des aviateurs. Un seul point commun : cela s’est passé le dimanche 26 mai 1940 après dix sept heures. Le premier appareil s’est abattu sur l’aérodrome de Ronchin, le second un peu plus loin, dans un champ.

Il reste donc à consulter les faits qui se sont déroulés le 26 mai 1940 et tout sera clair… Et bien non ! Car les archives placent la destruction des avions, non pas le 26 mai, mais le 24. Ainsi d’ailleurs que Madame L’Herbier-Montagnon, chef de la Mission de Recherche des Morts et Disparus de l’Armée de l’air qui a enquêté sur ces deux avions pendant l’occupation.