Forces en présence le 28 mai 1940
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Mardi 28 mai 1940, Mademoiselle Nelly Lubin, abritée dans la troisième maison de la rue Gambetta, face à la place Victor Hugo, écrira : "Et nous avons vu l’arrivée des Allemands, ils n’étaient pas loin de chez nous. C’est vers les 4 ou 5 heures du matin qu’ils ont envahi la ville. Cela a dû arriver dans la nuit du lundi au mardi. Dans la nuit nous étions à la cave. Ils se battaient. Il devait y avoir un capitaine ou un commandant, il était noble, son nom était commandant De … Je ne m’en rappelle plus mais je l’ai vu se faite enterrer parce qu’on l’avait ramassé sur le mur de mon beau frère. Sa cervelle avait éclaté sur le mur en-dessous de la fenêtre, rue Gambetta, sur le coin de la place Victor Hugo. Mon père était dans le couloir, nous à la cave. J’ai tout entendu parce qu’on ne dormait pas… Il y avait des soldats qui voulaient foutre le camp. Il criait : tirez-moi dans le cul des fuyards, nom de D ! Nous l’entendions bien, mon père avait camouflé le soupirail, mais nous l’entendions bien… Il y a eu une rafale de mitraillette ou une balle de révolver, je ne sais pas trop quoi, mais il est mort, juste au mur… Il n’y avait plus rien de sa figure qui avait carrément éclaté, il y avait de la cervelle sur le mur et puis plein de sang par terre… Il y avait aussi des tireurs sur le toit de l’école Victor Hugo. Des Français. Il y avait un Allemand avec un porte voix qui criait, ma mère le comprenait car elle était flamande de naissance. Elle avait peur, elle pensait que les Allemands pourraient faire du mal à sa fille …

Le lendemain ils sont venus le ramasser. Ils avaient ramassé son portefeuille pour faire la déclaration après. Il y avait une photographie de sa femme et de ses enfants, il devait en avoir trois ou quatre. Il était jeune, entre quarante et cinquante ans. Moi j’ai vu. Cela impressionne, j’ai toujours eu peur de la mort. Ils l’ont mis dans une bâche et, où il y avait le coiffeur, c’était un terrain vague qui appartenait à Paindavoine, il a été enterré là. Ça faisait un coin comme çà, dans rue Ferrer [le coiffeur est le salon Jean Pierre - le corps a été enterré à la place du garage sur la droite du salon]. Après ils l’ont enlevé et lui ont donné une sépulture normale, je ne sais pas où. Sa famille a du venir chercher le corps. C’étaient les frères Théliès qui avaient fait le cercueil. J’y ai assisté. Il avait ses mains, quand ils l’ont déterré, peut-être une semaine ou quinze jours après les combats … Je vois encore ses mains, il était gris bleu, la chair commençait à se décomposer… Son nom me reviendra peut-être, je ne l’ai plus en tête…."

Les archives municipales donnent les indications suivantes :

Capitaine Guy de Saint Germain , 134ème Régiment d’infanterie. Il était en possession d’une grosse chevalière avec armoiries, une alliance gravée, une boussole, un briquet amadou, une plaque de régiment, un petit carnet de notes, une blague à tabac, une plaque d’identité. Cette constatation a été faite devant les témoins suivants : MM Gracco conseiller municipal, Théliès Auguste, Delhaye André, Sobrie Marcel, Verla Louis et Louque Arthur, Madame Deneuville, 65 rue Gambetta, remettra une chemise, des mouchoirs, une petite boîte avec des bijoux, un cahier avec des notes au nom de Glane Joseph de la Haute Vienne, 134ème RI, 1ère compagnie. Le capitaine de Saint Germain Guy est décédé le 29 mai à 5h du matin devant le n°52 de la rue Léon Gambetta au côté de la grand porte des Accus du Nord. Les papiers et objets trouvés sur le corps seront transmis à la Préfecture du Nord le 17 juin 1940.