Il a fallu attendre le XVIIIème siècle pour voir s’ouvrir le premier cabaret dans la commune . Comme dans tout village, il devint vite lieu de rencontre à l’issue des offices religieux. Très certainement des assemblées de la communauté rurale s’y tiennent, mais surtout après le travail, les dimanches et fêtes, on y vient se rafraîchir de quelques traits de bière. N’oublions pas qu’en dehors des censes et fermes, les maisons du peuple ne sont guère accueillantes et l’on va facilement au cabaret pour se distraire, causer avec les voisins, les connaissances. Cet endroit constitue un centre où des liens se créent et où l’on se détend, où l’on oublie sa misère, ses soucis. C’est à la seconde moitié du XIXème siècle que leur nombre se multiplie, en liaison avec l’augmentation de la population mais aussi à cause des moyens de distractions qu’offre peu à peu un certain nombre d’entre eux. Que consomme-t-on principalement ? La bière comme dans toute la région où elle paraît constituer un catalyseur de sociabilité faite de joie, d’amitié. Le vin est aussi consommé mais, plus coûteux, il est réservé à certains moments de la vie, les fêtes particulières : noces, banquets des associations, ducasses …

Qu’offraient donc les cafés comme distractions ? D’abord les jeux de table ou jeux paisibles que le tenancier prête gratuitement : cartes, dés, tric-trac, dames … Ensuite il y a les jeux d’action, mais tous les établissements ne possèdent pas les installations nécessaires : jeu de fléchettes et de javelot, lancer de bouchon, de boules, de bourles. Citons aussi les combats de coqs chez les cafetiers possédant un gallodrome. Citons aussi les spectacles de marionnettes qui enchanteront bien des enfants et leurs parents. Les cabarets seront aussi le siège de nombreuses associations ou sociétés

Enfin, certains établissements possédaient un piano mécanique. Cette distraction très populaire est à rapprocher de l’activité des chansonniers, auteurs de "chansons à boire et de Carnaval". La tradition des chansons de carnaval est fort ancienne malgré des interdictions périodiques officielles, notamment au XVIIIème siècle, pour prévenir "les désordres et inconvénients préjudiciables au salut des âmes, au repos et à la sûreté publique ». Au XIXème siècle, la censure était politique, aussi les chansonniers orientèrent leurs talents d’amateurs vers la chanson dite de carnaval. Ils seront nombreux à Lille et aussi présents dans plusieurs communes des environs principalement durant la deuxième moitié du siècle dernier. Ces chansons, nées dans les estaminets, sièges de sociétés à boire, imprimées sur des feuilles volantes, étaient vendues et chantées dans la rue lors du Carnaval et à la mi-Carême. Les soirées ou les dimanches d’hiver incitaient aux réunions et les membres participaient à leur rédaction et apprenaient à les chanter avec les autres consommateurs.

Faches-Thumesnil n’a pas été étrangère à ce mouvement et il en reste heureusement quelques témoignages qui nous permettent de dresser la liste ci-dessous.

  • Société des Bos à l’oeull, estaminet Ste Marguerite tenu par Liagre Leturcq, 8 rue Kléber en 1897.
  • Société des Sans Toubac à la même adresse en 1898.
  • Société des Sans Toubac, estaminet du Japonais tenu par Liagre à La Jappe. Y avait-il deux sociétés portant un nom identique ou est-ce la même qui a changé d’adresse ?
  • Société des Revengeurs, estaminet du Ramponneau tenu par Desaint, rue Kléber en 1894.
  • Société des Gais Lurons, estaminet du Ramponneau à Faches.
  • Société des Cœurs Joyeux, estaminet Aux Cœurs Joyeux tenu par Vandenbulck Facon, 61 rue d’Arras en 1897 et 1898.