Article de Gérard-Jacques Lustremant paru en mars et juin 1994, revisité par Didier Lherbier.

La Révolution française a supprimé, avec la loi Le Chapelier du 14 juin 1791, les associations puis les corporations, rendant impossible l’existence des sociétés d’entraide assistant les ouvriers et leurs familles en cas de maladie ou de décès. Elles renaissent avec l’Empire sous l’impulsion de la Société Philanthropique de Paris. Ainsi se créent dans le milieu du XIXème siècle des Sociétés de Secours Mutuels soumises à l’autorisation préalable, en application de l’article 291 du Code Pénal qui n’autorise la formation d’associations de plus de vingt membres qu’avec l’agrément du Gouvernement. D’ailleurs, le décret du 28 mars 1852 ne reconnaîtra que trois types de sociétés, celles qui sont autorisées, celles qui sont reconnues d’utilité publique et celles qui sont approuvées.

C’est dans ce contexte réglementaire que de nombreuses Sociétés de Secours Mutuels vont voir le jour. Faches-Thumesnil ne reste pas en dehors de ce mouvement.

La toute première dont nous avons la trace est celle qui se nomme "Cercle des Amis Réunis, sous la protection du Saint-Esprit". Elle voit le jour à Faches, le 30 mai 1841. Le préambule de son règlement commence par ces termes : "Convaincus que le point essentiel qui attache les amis de la société humaine consiste à se donner des secours les uns aux autres dans les pressantes nécessités, et particulièrement dans l’affliction des maladies ou blessures …" Le nombre de membres est fixé à cent. Les responsables prennent le nom de doyen, sous doyen, économe et clerc. Des amendes sont prévues pour les sociétaires n’assistant pas au convoi d’un confrère décédé, à la messe célébrée le jour de la fête de la société. Il faut noter aussi que celui qui pourrait être affecté "du mal vénérien ou de quelques maux incurables" sera rayé de la société. En 1851 la société est forte de trente et un membres dont les trois-quarts sont des peintres en bâtiment ou des tordeurs d’huile [note], le restant se composant de journaliers.

La même année se crée, à l’initiative du maire Jean Baptiste Montaigne [note] et de quelques conseillers municipaux, la SSM "La Prévoyance". A partir de 1856 la société deviendra "La Clairvoyante". En 1871 son siège est chez Rouzé, cabaretier à Thumesnil et en 1910 au 115 rue Carnot, à l’estaminet du Bon Fermier. S’agit-il du même endroit ? Comme généralement les statuts n’indiquent pas d’adresse pour le siège, tout est permis. Dans son article premier figure la mention que "cette société a pour base la fraternité, pour principe cette maxime du Christ : Aimez-vous les uns les autres." Cette société qui compte cent soixante et onze adhérents en 1859 sera dissoute par décision des membres d’adhérer à la SSM "La Fédération des Anciens Militaires Mutualistes du Nord". Pourquoi une telle décision ? Les documents consultés n’en fournissent pas la raison.