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EN CE TEMPS-LA FACHES-THUMESNIL

DEUX ANS DE CAPTIVITE CHEZ LES ALLEMANDS.
3 Novembre 1916 – 11 Novembre 1918.

3. Toulis (Mars 1917 - Avril 1917)

Au milieu de la nuit, nous débarquions en pleine campagne et on nous dirigeait vers le premier village : Toulis . Ce fut une démarche éreintante, à travers les terres labourées et détrempées par la pluie, dans l’obscurité, chargés de nos bagages, nous nous enfoncions dans la boue et éprouvions pour avancer des difficultés telles que quelques-uns, n’en pouvant plus, abandonnèrent leurs sacs. Nous arrivâmes enfin à destination ; on nous fit coucher dans des granges, sur de la paille, côte à côte avec de malheureux Belges sales et déguenillés qui nous avaient précédés ; exténués, nous nous laissâmes tomber à terre et nous nous endormîmes aussitôt, entassés les uns sur les autres. Tous les Belges que nous eûmes l’occasion d’observer à Barisis d’abord puis à Toulis n’étaient plus, après trois mois de captivité, que des loques humaines, sales et couvertes de vermine. Il faut reconnaître qu’ils furent traités plus durement encore que nous et que les Allemands s’acharnaient à les persécuter. A Toulis nous logions ensemble, Belges et Français, dans le même bâtiment, les Belges avaient leurs couchettes au premier étage et devaient, pour parvenir à la cour, descendre un par un un escalier étroit ; comme ils n’arrivaient pas à être exacts à l’appel, un caporal se plaçait chaque matin sur leur passage ; il dégainait et frappait à coups redoublés du plat de sa baïonnette jusqu’à n’en pouvoir plus. Même remarque pour les Russes ; ils opposaient un force d’inertie invincible aux coups qui pleuvaient sur eux, mais eux avaient l’excuse d’une longue captivité.

Nous repartîmes le lendemain matin et cette fois des habitations relativement confortables nous attendaient, c’était à peu de distance, des maisons propres et claires avec des chambres pour dix ou douze hommes, meublées de couchettes, de tables et de bancs. Notre séjour ne dura malheureusement que trois jours qui furent certainement les meilleurs que nous connûmes de longtemps. On se remit en route une fois encore, et pour une ferme voisine rapidement aménagée dans le but de nous recevoir. Dans l’attente de nous mieux installer, on nous avait parqués dans des granges immenses, obscures et très froides ; nous étions dans chacune 150 à 200, presque les uns contre les autres. Dans la journée la lumière ne pénétrait pas, nous étions forcés d’ouvrir toute grande la porte malgré le froid terrible qui régnait au dehors ; la nuit il fallait presque pour circuler marcher sur le corps de ses voisins.

Depuis notre départ de Barisis, la température s’était pour quelques jours sensiblement radoucie ; cela ne dura pas, un brusque revirement se produisit bientôt ; le mauvais temps devait encore s’acharner sur nous et c’est alors que nous allions réellement souffrir. Ce fut entre le 15 et le 20 mars que la neige se mit à tomber. On nous avait mis à la disposition de la colonne allemande qui occupait le village et on nous occupait à des travaux agricoles. Tous les matins nous partions et avions à affronter, plusieurs heures durant, la pluie ou la neige qui ne discontinuaient pas. Combien de fois sommes-nous retournés trempés et, dans l’impossibilité de faire du feu, avons-nous dû repartir avec nos habits encore mouillés ! Je me rappellerai toujours le spectacle lamentable qu’offrait le défilé de mes pauvres camarades enveloppés grossièrement dans des toiles de bâches données par les Allemands, grelottants et couverts de boue, courbés en deux par le vent qui les fouettait et forcés, malgré tout de rester sur place le restant de la journée. Rentrés au camp nous n’étions pas quittes encore, car on faisait durer interminablement l’appel et la distribution du pain, qui avaient lieu dans la cour. En compensation une légère amélioration s’était produite dans la nourriture ; elle ne fut que passagère, car, ensuite ce fut pire que jamais.

Ici peut se terminer la seconde phase de notre captivité. Deux de nos camarades étaient morts, c’était peu il est vrai, mais là malheureusement ne devait pas se borner le nombre des victimes.