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EN CE TEMPS-LA FACHES-THUMESNIL

DEUX ANS DE CAPTIVITE CHEZ LES ALLEMANDS.
3 Novembre 1916 – 11 Novembre 1918.

2. Barisis (Novembre 1916 - Mars 1917)

Le départ de Tourcoing eut lieu le 30 novembre vers midi. Le voyage dura douze heures : arrivés à destination vers minuit, nous ne débarquâmes que le lendemain à six heures, engourdis par une nuit glaciale passée en wagon. Le village que nous devions habiter trois mois avait nom Barisis.
Il était proche de la forêt de St Gobain et avait été évacué presque complètement depuis peu .

La traversée du village fut triste : partout d’offrait à nous le spectacle des maisons abandonnées et pillées de fond en comble. Seuls quelques civils allemands sales et déguenillés nous apparurent pendant cette journée.


Vue de Barisis en 1915. On y aperçoit deux soldats allemands près des civils.
http://barisis.free.fr/barisis

Une extrémité du village avait été entourée de fil de fer barbelé et nous avait été assignée par les Allemands. Nous fûmes distribués par petits groupes dans les habitations, les privilégiés purent s’installer dans des maisons passablement confortables, mais beaucoup durent se contenter de logis infects qu’ils aménagèrent comme ils purent pour les rendre habitables. Les deux premières journées se passèrent en travaux d’installation, la troisième – il faisait nuit encore – nous fûmes réveillés brusquement et reçûmes l’ordre de nous tenir prêts pour le travail.

Nous nous étions promis, à Tourcoing, de tenir tête aux Allemands et de refuser tout ce qu’ils voudraient nous imposer. Quelques-uns étaient bien résolus à subir les souffrances que devaient entraîner notre refus mais la majorité n’eut pas ce courage.

Il y avait parmi nous un fort contingent de villageois qui ne se faisaient aucun scrupule de travailler pour l’ennemi. Leur exemple entraîna les autres. Il y eut bien un essai de résistance qui fut brutalement réprimé à coups de crosse et, à peine arrivés sur le chantier, il fallut, la mort dans l’âme, nous mettre au travail.

Pour excuser ce que certains considéreront comme une lâcheté, je dirai que les Allemands avaient su, dès le début, nous terrifier, que, par des menaces, des allocutions où il était question de "nos devoirs", ils avaient rendu dociles et maniables la plupart d’entre nous. Ceux qui les connaissaient d’ailleurs savent qu’ils possèdent des moyens infaillibles de briser les résistants.

Un seul eut le courage fou de tenir tête à nos ennemis, mis aussitôt en prison, il persista dans on héroïque attitude et il eut à subir pendant vingt cinq jours qu’il fut enfermé des tortures inouïes : voulant absolument faire céder leur prisonnier, ils le laissèrent deux jours sans manger ni boire (il m’a dit que cette dernière privation était de beaucoup la plus terrible) puis ils répandirent de l’eau dans la cave afin de l’empêcher de se coucher, enfin, voyant que rien n’y faisait, ils le placèrent dans une niche à porc couverte de fumier où il devait se tenir accroupi. Il y resta deux jours, mais cette fois les forces du pauvre garçon étaient épuisées, il céda et put sortir, mais dans un état pitoyable comme on le devine ; son attitude fut diversement jugée par ses camarades, beaucoup s’accordèrent pour la trouver absurde, mais leurs critiques n’étaient en réalité que l’expression à peine déguisée de l’envie que suscite toute belle action qu’on ne se sent pas la force d’accomplir.