cliquez pour agrandir...Claude Chappe a vingt sept ans lorsqu'il réalise, le 2 mars 1791, une première expérience publique de communication à distance qui met à l'épreuve le système qu'il vient de mettre au point et qu'il nomme télégraphe [note] . L'expérience est réalisée entre deux bourgs de la Sarthe, Brûlon et Parcé, distants de quatorze kilomètres. Une station émettrice a été établie sur la terrasse du château de Brûlon où se trouve René Chappe, frère de Claude. On y remarque, à quatre mètres du sol, un tableau, noir d'un côté, blanc de l'autre et qui peut pivoter sur lui même. Au dessous, un cadran dont l'aiguille est entraînée par un mécanisme d'horlogerie porte des signes. Une station semblable a été installée à Parcé, sur la demeure de maître Perrotin. Son cadran fonctionne en synchronisation avec celui de Brûlon : les aiguilles sont donc dans la même position, au même moment, sur les deux cadrans. A Parcé se trouvent Claude et Pierre-François Chappe. Lorsque l'aiguille du cadran de Brûlon passe sur le signe à transmettre, René Chappe fait pivoter le tableau sur son axe et, à Parcé, l'œil collé sur sa lunette, Claude Chappe voit ce changement et note le signe donné par son cadran à ce moment là. Chaque signe est codé et correspond à un morceau de phrase. Ainsi, en quelques minutes, deux phrases sont envoyées et captées. La première, "si vous réussissez vous serez bientôt couvert de gloire", est le message prémonitoire d'un observateur de Brûlon à Claude Chappe. La deuxième, "l'Assemblée nationale récompensera les expériences utiles au public", exprime le vœu le plus cher de Claude Chappe. La réussite de cette séance, dont sont témoins les notables des deux bourgs, est authentifiée par un double compte rendu officiel. Chappe peut, avec ces preuves du fonctionnement de son invention, se rendre à Paris. Et continuer ses recherches…

Claude Chappe est né à Brûlon, village de la Sarthe, en 1763. Il fait ses études à Rouen puis au collège royal de La Flèche. Nommé ensuite abbé, il jouit de rentes ou bénéfices [note] qui lui permettent d'ouvrir un cabinet de physique à Paris où il s'intéresse au fluide électrique et réalise diverses expériences. Mais en 1789, à la suite de la nationalisation des biens du clergé, il perd ses bénéfices et revient à Brûlon où, avec peu de matériel, il se lance dans des recherches sur la télécommunication rapide. Avec le succès que l'on va voir mais, miné par la maladie et les tracas, outré de se voir contesté la propriété de son invention, Claude Chappe se donnera la mort le 23 janvier 1805. Ses frères continuèrent son œuvre.

Les recherches de Claude Chappe l'amènent à l'invention de plusieurs systèmes, de techniques différentes, avant de parvenir à l'appareil définitif. Il obtient la permission d'expérimenter ce nouvel appareil, à panneaux pivotants, qui va être installé sur l'un des pavillons de la barrière de l'Etoile à Paris, c'est à dire sur une des portes des fortifications entourant la ville à cette époque. Mais, faute de surveillance, il sera aussitôt détruit par des voleurs de bois ! Le 22 mars 1792, Claude Chappe se présente à l'Assemblée législative. "Monsieur Chappe, neveu du célèbre abbé de ce nom, introduit à la barre, fait hommage à l'Assemblée d'une découverte dont l'objet est de communiquer rapidement à de grandes distances, tout ce qui peut faire le sujet d'une correspondance; il assure que la vitesse de cette correspondance sera telle que le corps législatif pourra faire parvenir des ordres à nos frontières et en recevoir la réponse pendant la durée d'une même séance" [note].

Cela devient d'autant plus intéressant que l'Assemblée déclare la guerre à l'Autriche moins d'un mois après, le 20 avril 1792. Il serait donc très utile d'échanger rapidement des renseignements sur l'emplacement et le nombre des troupes ennemies et de communiquer très rapidement les ordres des chefs militaires.