Le décor est plongé dans le noir. Seul est éclairé un bouquet de fleurs sur la scène à gauche. Ponctuant le texte du prologue et la plupart des interventions intempestives d'Aurélie, des vues photographiques d'époque apparaissent en projection sur le drap pour illustrer les propos.
Une voix :

cliquez pour agrandir...
Aurélie NICOLA
Les fleurs aux tendres yeux
Chez nous se font attendre
Le sol de notre Flandre
N'est pas toujours joyeux
Pourtant combien je l'aime
La terre où je naquis
Sa tristesse elle-même
Lui donne un charme exquis.
Partout le dur labeur
Aux champs ou dans la mine
Bien loin sur l'eau chemine
Le matelot sans peur
Chacun de nous demande
A vivre en travaillant
Bonne terre flamande
Tu rends le cœur content.
cliquez pour agrandir...
Aurélie NICOLA

La voix d'Aurélie :
Je m'appelle Aurélie. Je suis née en 1897 à Faches. Ma maison natale a été incendiée au cours de la guerre 14. Aussi loin que mes souvenirs me ramènent en arrière, Faches était la seule commune existant à l'époque, Thumesnil en était le hameau.

cliquez pour agrandir...
Passage à niveau rue Kléber
cliquez pour agrandir...
Place de l'église de faches

On traversait le village par deux rues. L'une partait du passage à niveau actuel et aboutissait Route de Douai. On l'appelait la rue de Lesquin. La seconde était la rue de Vendeville, elle commençait à la Place et conduisait à Vendeville. La rue Henri Dillies était encore inconnue, c'était un simple chemin en dos d'âne construit en gros pavés du Nord tout disloqués, je me souviens, jeune fille, y avoir accroché mes hauts talons. Elle n'avait pas de trottoir. On l'appelait "Carrière Dubois". On n’y voyait encore aucune maison, mais seulement deux aubettes, en moellons extraits des carrières de chaux, au lieu-dit "Moulin de Lesquin". Malgré sa faible étendue, le village possédait six fermes (Cockempot, Plancq, Bajeux, Dugrain, Plancq-Dutoit et Rowels). C'est dans l'une de ces fermes que nous entrerons tout à l'heure.

A l'église dédiée à Sainte Marguerite, on venait en pèlerinage pour obtenir la grâce d'une heureuse naissance. Elle était entourée d'un petit cimetière qui a disparu par la suite. Je me souviens que le clocher était habité par des chouettes dont j'avais très peur quand je passais le soir. J'entendais leur cri étrange qui faisait : "Tche-tche…"

cliquez pour agrandir...Figurez-vous qu'un jour de grand vent, trois femmes passaient le long du mur qui bordait alors le cimetière. Elles portaient les amples jupes de l'époque. Eh bien, une bourrasque violente souleva l'une d'elles en s'engouffrant dans ses cottes et elle se retrouva un peu surprise … dans le cimetière, de l'autre côté du mur. Mais bien vivante heureusement ! Face à l'église, une maison, également en moellons, faisait office de boulangerie, boucherie, épicerie, mercerie, café-tabac … La boîte aux lettres était sur la maison. Plus loin, une autre épicerie où l'on trouvait aussi bien la tisane, les lacets de bottines, le pétrole pour les lampes et un excellent fromage de Hollande. Et du Vieux !

Une certaine amitié unissait tous les habitants qui étaient plus ou moins parents entre eux. Les personnes âgées travaillaient aux champs, on y cultivait du blé et toutes sortes de céréales : la pomme de terre, la betterave, le colza et le lin. Les jeunes, eux, travaillaient à l'usine. Ils faisaient la route à pieds de chez eux à Lille. Puis jusqu'à Thumesnil quand l'industrie s'y développa. Et le soir, il fallait revenir. C'était comme çà tous les jours. Jugez de leur courage !

Mais je parle et j'en oublierais notre visite …

Nous sommes en 1913, en juin 1913, et je vous invite à franchir avec moi le seuil de la ferme de mes amis. Chut … chut…

Cà, c'est la grand-mère.