Poème écrit par Gaston Couté (1880-1911).

Je r'passe tous les ans quasiment
Dans les mêmes parages
Et tous les ans j'trouve du chang'ment de dessus mon passage;
A tous les coups c'est pas l'même chien
Qui gueule à mes chausses;
Et pis, voyons, si je m'souviens,
Voyons : dans c'coin d'Beauce

Y avait dans l'temps un bieau grand ch'min.
Cheminot, cheminot, chemine !
A c't'heure n'est pas pus grand qu'ma main.
Par où donc que j'cheminerai demain ?

En Beauce vous les connaissez pas ?
Pour que rien n'se perde,
Mangeraient on n'sait quoi, ces gâs là,
Ils mang'raient d'la merde !
Le ch'min c'était, à leur jugé,
D'la bonne terre perdue :
A chaqu' labour ils l'ont mangé
D'un sillon d'charrue …

Z'ont grossi leurs arpents goulus
D'un peu d'glève toute neuve ;
Mais l'pauv' chemin en est devenu
Mince comme une couleuv'e.
Et moi qu'avais que lui sous les cieux
Pour poser guibolle !
L'chemin à tout l'monde, nom de D !
C'est mon bien qu'on m'vole !
Z'ont semé du blé sur l'terrain
Qu'ils retirent à ma route;
Mais, si j'leur en d'mande un bout d'pain,
Ils m'envoient faire f …

Et c'est peut être bin pour çà que j'vois,
A mesure que c'blé monte,
Les épis baisser le nez d'vant moi
Comme s'ils avaient honte !

Oh mon bieau p'tit chemin gris et blanc
Sur l'dos de qui que j'passe !
Je veux plus qu'on t'serre comme çà les flancs,
Car, moi, je veux de l'espace !
Où sont mes allumettes ? Elle sont
Dans l'fond de ma pannetière,
Et j'ferai bien reculer vos moissons,
Ah ! Les mangeux d'terre !

Y avait dans l'temps un bieau grand chemin.
Cheminot, cheminot, chemine !
A c't'heure n'est pas pus grand qu'ma main.
J'pourrais bien l'élargir, demain !

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Dressée par ordre du roi Louis XV, la "Carte de Cassini" est la plus ancienne des cartes de la France entière à l'échelle topographique

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